Archives de Catégorie: Littérature

Ce document est mon mémoire de recherche de M1 science politique. Vous le trouverez en différents formats.

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(Ce livre est publié en auto-édition et n’a pas d’ISBN. Le prix du livre représente le coût de l’impression. C’était une façon pour moi d’avoir un exemplaire de ce travail sous une jolie forme. Si plusieurs personnes veulent le commander, prévenez-moi, car en achetant plusieurs exemplaires le prix baisse.)


Comment retrouver la maîtrise de nos vies ?

Un mode de vie qui crée de la dépendance

Nos sociétés industrielles se sont développées grâce au recours à une énergie bon marché – même si elle venait de loin – et qu’on considérait jusque il y a peu comme inépuisable : le pétrole. Nous savons maintenant que c’était une illusion, les réserves diminuent plus vite qu’on n’en découvre de nouvelles, le pétrole a une fin qui n’est plus si lointaine.

Nous avons espéré que la technologie allait nous sauver et nous en subissons aujourd’hui la barbarie (accidents nucléaires, destruction globale et sans retour de l’environnement par l’extraction des gaz ou bitume de schiste…).

Nous nous sommes installés dans une consommation irresponsable, nous avons oublié comment gérer nos besoins et la production qui devait y répondre. L’économie rurale produisait sur place les biens nécessaires à une communauté  (auto-production) ; en moins d’un siècle, les multinationales ont fait de nous des consommateurs captifs, obligés d’acheter tout ce dont nous avons besoin ; elles ont ainsi construit une société de la dépendance, incapable de s’adapter au changement, alors que la résilience (résistance au choc du changement) est la clef de la survie de toutes les espèces vivantes.

Nos métropoles de plus en plus peuplées, de plus en plus étendues, sont un mode d’habitat qui ne permet pas de couvrir ses besoins de base par des ressources locales, qui est inadapté aux contraintes climatiques, qui privilégie les déplacements individuels, et dont l’approvisionnement alimentaire provient de plus en plus loin.

Une « démocratie » qui prive ses citoyens de leurs responsabilités

Non seulement nous avons perdu la maîtrise de nos usages, mais nous nous sommes aussi laissé voler notre droit à participer aux décisions : la démocratie de proximité, basée sur l’assemblée populaire de quartier, de village, communale, pour gérer les biens communs, a disparu ; nous avons maintenant une « démocratie » dans laquelle nous déléguons tous nos pouvoirs à des représentants qui, aujourd’hui, dans les assemblées intercommunales, ne sont même plus élus par les citoyens. Ces « gérants », de plus en plus professionnalisés, rémunérés et cumulards, assistés par un nombre croissant de technocrates, décident en lieu et place des communautés d’habitants : les citoyens/clients sont dépouillés de leur capacité de décision au profit d’une oligarchie d’élus et de leurs experts.

La démocratie directe pour décider comment répondre à nos besoins

Réapprendre à décider collectivement, c’est l’enjeu de la démocratie directe de proximité.

Dans le domaine de l’énergie, au niveau d’un bâtiment collectif, d’un hameau ou d’un village, d’un quartier urbain ou d’un canton rural, il est possible de produire et de distribuer l’énergie consommée par la communauté grâce à la création de coopératives d’habitants et/ou de régies publiques. Ces organismes autogérés seraient chargés de répondre aux besoins du territoire, dans un souci d’équité (par la gratuité des besoins essentiels), de préservation des ressources (par la sobriété de l’usage), et de protection de l’environnement et de nos écosystèmes.

Changer les institutions pour élargir le champ démocratique et passer de la compétition à la coopération

Nos institutions locales et régionales sont basées sur la délégation : le citoyen n’a pas la possibilité de contrôler l’organisation des services communautaires. Il n’y a ni mandat impératif, ni compte rendu de mandat : l’empilement des délégations conduit à l’opacité des décisions des élus, au favoritisme, à la prise d’intérêt.

Christian Sunt


Un petit texte que j’aimerais partager avec vous.

Un texte de Fred Vargas, écrivain que je trouve réaliste sans être catastrophiste, bref Fred Vargas.

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes. A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi, ou crevez avec moi.
Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.
D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est –attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille- récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés).
S’efforcer. Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore ».
Fred Vargas